La mise sur le marché par la marque américaine Abercrombie de soutien-gorges rembourrés taille 8 et 10 ans a provoqué un scandale aux Etats-Unis, tant et si bien que les articles ont été retirés de la vente. Pour autant, force est de constater que la sexualisation précoce des petites filles est un phénomène qui prend chaque jour un peu plus d'ampleur.
Première remarque, il s'agit avant tout, encore et toujours DE FILLES. Aucune marque que je sache n'a sorti des slips rembourrés pour gamins de 9 ans histoire de faire croire qu'ils ont un sexe plus gros. Et heureusement d'ailleurs. Pourquoi cette différence ? Pourquoi ces concours de miss débiles durant lesquels des gamines de 5 ans sont maquillées à outrance ? Pourquoi des strings taille 10 ans ? Pourquoi la fille de Tom Cruise et Katie Holmes portait-elle des chaussures à talons à 4 ans ?
On en revient toujours à la même histoire : inculquer à la petite fille la nécessité d'être attirante aux yeux des hommes, comme si c'était le seul, l'unique moyen valable de se réaliser. Sois belle et tais-toi. Mais le pire dans l'histoire, c'est que ce sont LES MERES qui achètent leurs fringues. Parce qu'elles ont tellement intériorisé ce système de pensée qu'elles le reproduisent. Le pire ennemi du féminisme, ce n'est pas forcément l'homme, c'est la femme. Certes, encore faut-il que les personnes qui dirigent les marques vestimentaires aient eu au préalable l'idée saugrenue de proposer ce genre de choses, et il y a fort à parier que ces personnes soient des hommes, étant entendu que les dirigeants des entreprises sont majoritairement des hommes (en l'occurrence, le PDG d'Abercrombie se nomme Michael Jeffreies). Mais lorsque le produit choque, il est retiré, et l'image de la marque en prend un coup. Moralité, si les mères cessaient de sexualiser les corps de leurs filles, on n'en serait pas là. Alors je sais qu'elles ne sont pas les seules responsables : pression sociale, publicité agressive, effet de groupe "machine truc a tel truc" etc.. etc... les leviers du capitalisme sont là pour leur rappeler en plus du lavage de cerveau genré que nous subissons. Mais ce n'est pas une raison. Il ne s'agit pas de jouer les puritaines, mais de rappeler qu'une enfant est UNE ENFANT avec tout ce que cela implique.
Parallèlement à cette tendance, la pédophilie est de plus en plus condamnée (et c'est tant mieux). Franchement je m'interroge : l'hypersexualisation des petites filles n'est elle pas quelque part une excuse pour les abuseurs d'enfants, sur le mode "non mais attendez, elle a peut-être que 8 ans, mais vu comme elle était fringuée, j'ai cru que, enfin vous voyez, etc... etc.....", ce qui n'est ni plus ni moins que le prolongement de la version pour adulte du "elle portait une mini-jupe, il était 4 h du mat' alors bon ben moi j'ai cru qu'elle avait envie quoi...". Un article bouleversant paru dans Minorités ici avance que 20 % des filles (15% des garçons) seraient victimes d'abus sexuels pendant leur enfance. Je ne pense pas qu'il y avait moins de pédophilie avant, quand le string pour fillette et lesdits soutien-gorges n'existaient pas. Je pense qu'aujourd'hui on en parle alors qu'avant on n'en parlait pas autant, ceci allant de paire avec une plus forte réponse judiciaire. Mais je ne peux m'empêcher de voir un lien entre les deux, une tentative d'excuse, ou du moins d'explication, de justification, d'amoindrissement des responsabilités des coupables.
N'oublions pas pour autant que si la femme doit apprendre dès son plus jeune âge la nécessité de plaire aux mâles, son rôle de mère est au moins aussi important (notamment de par la transmission des valeurs comme celles que nous venons de voir). On apprenait déjà aux petites filles qu'elles allaient devoir faire le ménage comme maman (d'où les fers à repasser, balais, et autres chariots ménagers roses dans les catalogues de jouets), on peut désormais leur inculquer une autre fonction future : l'allaitement ! Grâce à une toute nouvelle poupée (ici) à laquelle la fillette peut "donner le sein". Et la boucle est bouclée.