Féminisme, LGBT (beaucoup) et autres (parfois)

mercredi 30 mars 2011

Bikinis rembourrés et poupées à allaiter...

La mise sur le marché par la marque américaine Abercrombie de soutien-gorges rembourrés taille 8 et 10 ans a provoqué un scandale aux Etats-Unis, tant et si bien que les articles ont été retirés de la vente.  Pour autant, force est de constater que la sexualisation précoce des petites filles est un phénomène qui prend chaque jour un peu plus d'ampleur. 
Première remarque, il s'agit avant tout, encore et toujours DE FILLES. Aucune marque que je sache n'a sorti des slips rembourrés pour gamins de 9 ans histoire de faire croire qu'ils ont un sexe plus gros. Et heureusement d'ailleurs. Pourquoi cette différence ? Pourquoi ces concours de miss débiles durant lesquels des gamines de 5 ans sont maquillées à outrance ? Pourquoi des strings taille 10 ans ? Pourquoi la fille de Tom Cruise et Katie Holmes portait-elle des chaussures à talons à 4 ans ?
On en revient toujours à la même histoire : inculquer à la petite fille la nécessité d'être attirante aux yeux des hommes, comme si c'était le seul, l'unique moyen valable de se réaliser. Sois belle et tais-toi. Mais le pire dans l'histoire, c'est que ce sont LES MERES qui achètent leurs fringues. Parce qu'elles ont tellement intériorisé ce système de pensée qu'elles le reproduisent. Le pire ennemi du féminisme, ce n'est pas forcément l'homme, c'est la femme. Certes, encore faut-il que les personnes qui dirigent les marques vestimentaires aient eu au préalable l'idée saugrenue de proposer ce genre de choses, et il y a fort à parier que ces personnes soient des hommes, étant entendu que les dirigeants des entreprises sont majoritairement des hommes (en l'occurrence, le PDG d'Abercrombie se nomme Michael Jeffreies). Mais lorsque le produit choque, il est retiré, et l'image de la marque en prend un coup. Moralité, si les mères cessaient de sexualiser les corps de leurs filles, on n'en serait pas là. Alors je sais qu'elles ne sont pas les seules responsables : pression sociale, publicité agressive, effet de groupe "machine truc a tel truc" etc.. etc... les leviers du capitalisme sont là pour leur rappeler en plus du lavage de cerveau genré que nous subissons. Mais ce n'est pas une raison. Il ne s'agit pas de jouer les puritaines, mais de rappeler qu'une enfant est UNE ENFANT avec tout ce que cela implique.

Parallèlement à cette tendance, la pédophilie est de plus en plus condamnée (et c'est tant mieux). Franchement je m'interroge : l'hypersexualisation des petites filles n'est elle pas quelque part une excuse pour les abuseurs d'enfants, sur le mode "non mais attendez, elle a peut-être que 8 ans, mais vu comme elle était fringuée, j'ai cru que, enfin vous voyez, etc... etc.....", ce qui n'est ni plus ni moins que le prolongement de la version pour adulte du "elle portait une mini-jupe, il était 4 h du mat' alors bon ben moi j'ai cru qu'elle avait envie quoi...". Un article bouleversant paru dans Minorités ici avance que 20 % des filles (15% des garçons) seraient victimes d'abus sexuels pendant leur enfance. Je ne pense pas qu'il y avait moins de pédophilie avant, quand le string pour fillette et lesdits soutien-gorges n'existaient pas. Je pense qu'aujourd'hui on en parle alors qu'avant on n'en parlait pas autant, ceci allant de paire avec une plus forte réponse judiciaire. Mais je ne peux m'empêcher de voir un lien entre les deux, une tentative d'excuse, ou du moins d'explication, de justification, d'amoindrissement des responsabilités des coupables. 

N'oublions pas pour autant que si la femme doit apprendre dès son plus jeune âge la nécessité de plaire aux mâles, son rôle de mère est au moins aussi important (notamment de par la transmission des valeurs comme celles que nous venons de voir). On apprenait déjà aux petites filles qu'elles allaient devoir faire le ménage comme maman (d'où les fers à repasser, balais, et autres chariots ménagers roses dans les catalogues de jouets), on peut désormais leur inculquer une autre fonction future : l'allaitement ! Grâce à une toute nouvelle poupée (ici) à laquelle la fillette peut "donner le sein". Et la boucle est bouclée.


vendredi 25 mars 2011

ATTENTION NOUVELLE INJUSTICE: l'homophobiephobie

Ah le clergé catholique... A chaque fois qu'il y a une connerie à faire où à dire, ils sont là. Parfois je me dis "non, ils vont pas oser (excommunier un médecin qui a avorté une fillette enceinte après un viol mais pas son violeur / dire que le préservatif aggrave le sida / déclarer que la machine à laver a plus libéré la femme que la pilule / amalgamer homosexualité et pédophilie / etc... etc...) , mais si, le clergé catholique OSE TOUT (et c'est à ça qu'on le reconnaît). Ils racontent tellement de conneries que parfois, j'arrive presque à avoir pitié pour eux, c'est vous dire. La dernière en date, c'est à l'archevêque Silvano Tomasi, qui représente le Vatican auprès de l'ONU, qu'on la doit. Car l'heure est grave figurez-vous, les homophobes sont des victimes, et il faut les traiter comme telles. Plus exactement : «des gens sont attaqués parce qu'ils prennent des positions qui ne sont pas en faveur des comportements sexuels entre personnes de même sexe. Quand ils expriment leurs convictions morales et leur idées de la nature humaine, qui peuvent être aussi des expressions de leur foi religieuse, on les stigmatise, et plus encore: on les vilipende, on les poursuit en justice.»

Non c'est vrai, poursuivre en justice les taré-e-s qui menacent le tout nouveau député brésilien Jean Wyllys lequel a commis, rendez-vous compte, le crime abominable de présenter un amendement à la Constitution visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, c'est vraiment dégueulasse.

Pensez à tous ces homophobes qui ont été envoyés dans des camps de concentration, qui sont condamnés à mort / à la prison parce qu'homophobes, à ces femmes homophobes victimes de viols correctifs, pensez à ces homophobes démis de leurs fonctions pour homophobie (Christian Vanneste, Christine Boutin), pensez à ces ados homophobes qui ont 10 à 13 fois plus de risques de se suicider que les autres, pensez à ces sportifs et à leurs supporters qui ont peur, oui PEUR de révéler leur homophobie ou de crier des slogans homophobes, pensez à ces jeunes homophobes mis à la rue par leurs familles, et j'en passe.

Non vraiment, c'est trop inhumain d'être homophobephobe.




mardi 22 mars 2011

Ta gueule Catherine Lara

J'ai bondi et poussé des hurlements en découvrant l'interview dans Tetu (à lire ici) de notre rockeuse de diamant nationale Catherine Lara, dont tout le monde connaît le surnom mais finalement assez peu les chansons à part son duo naze de chez naze avec Johnny pour la Coupe du Monde de football 2002 (vous savez, quand l'équipe de France n'a pas passé le premier tour ?). 
Catherine Lara, non seulement fait de la musique complètement ringarde, mais est elle-même assez arriérée si on en juge par sa merveilleuse sortie sur le mariage homo : "Le mariage a été fait pour unir un homme et une femme selon moi. "
Mais attention, Catherine, elle balance pas ça à la légère, non, pour dire ça, Catherine, elle a des arguments qui tuent !

- 1°/  "C'est comme une caricature de l'hétérosexualité. Le Pacs existe et c'est formidable".
Alors le coup de la caricature, je suis fan. En quoi demander les MEMES DROITS c'est caricatural ? Et le Pacs, tu crois que tu l'as obtenu comment hein Catherine ? Parce que des gens ont commencé à se battre pour faire valoir leurs droits. Ca me rappelle aussi les propos de l'autre débile de Patrice Eboué, pour qui obtenir le mariage homo, c'est perdre "la spécificité festive de l'homosexualité". Eboué et Lara même combat, les hétéros ils font pas la fête, ils ont des boulots sérieux et tout, alors que les homos ils font la fête tout le temps, ils sont barmans ou artistes ou chanteurs de cabarets, ils sont pas sérieux, ils peuvent pas vouloir faire un truc sérieux comme SE MARIER. Le Pacs, c'est moins sérieux, donc ça passe.

- 2/° "certaines personnes en rêvent, mais personnellement ça ne me correspond pas (...) Si j'avais rencontré l'homme de ma vie, je me serais mariée avec lui. Il se trouve que c'est une femme, donc je me suis pacsée, et je n'ai pas envie d'autre chose."
Le fameux principe du "moi j'aime pas / j'ai pas envie" donc je suis contre, enfin je suis pas pour. Par exemple, tu vois Catherine, je sortirais jamais avec quelqu'un qui aurait 20 ans de plus que moi. Par conséquent, je suis contre le mariage entre personnes avec plus de 19 ans de différence. L'argument est débile parce qu'on peut se marier quelle que soit sa différence d'âge ? Attends Catherine, j'ai mieux, tu vas comprendre. Tu vois, moi, je me verrais pas sortir avec un Noir alors que je suis blanche. Je suis pas raciste hein, mais juste ça m'attire pas. Alors je suis contre les mariages interraciaux. C'est peut-être autorisé aujourd'hui, mais avant, dans certains pays (les Etats-Unis par exemple), c'était interdit. Tu vois où je veux en venir ?

Evidemment, Catherine, elle est pas pour le mariage, alors forcément, elle est pas non plus pour la famille homoparentale. Et là encore, l'argument qui tue : "J'ai eu la chance de grandir dans une famille unie, pleine d'amour, avec mes parents qui se sont aimés pendant 67 ans. Soit je vivais comme eux, soit je vivais différemment. C'est le côté «maman et maman» qui me gêne." Et plus loin " Mais d'un point de vue extrêmement personnel, je ne me vois pas dans ce schéma-là. "

Là encore, l'argument imparable du "c'est pas mon truc". Seulement Catherine, ta life, on s'en tape royalement. Je trouve ça juste complètement aberrant de ne pas être capable de voir plus loin que le bout de son nez, de pas être foutue de dépasser le stade du "ce que j'aime / ce que j'aime pas" individuel  comme mesure de ce qui est bon ou pas pour la société.

Attention, je ne dis pas que parce qu'on est homo, on doit être forcément pour le mariage et l'adoption. Plus exactement si, je le pense, mais je suis prête à accepter que d'autres personnes ne pensent pas comme moi. Mais ce que je n'accepte pas, c'est l'absence totale d'arguments valables, c'est cet égoïsme dans lequel se vautre Catherine Lara. Si seul-e-s les séropositif-ve-s, les sans-papiers, les femmes battues, les handicapé-es devaient lutter pour leurs droits, on en serait où hein ? Tu crois qu'ils auraient beaucoup avancé ?

La peine de mort ? Attends moi je suis pas condamnée à mort, j'ai personne dans ma famille qui l'est, donc je vois pas pourquoi je m'en préoccuperai, jveux dire bon enfin tu vois, je suis pas concenrée donc je m'en fous. Le mariage forcé ? Ben justement, tu sais moi je suis gouine, je peux pas me marier donc je pourrais pas être victime d'un mariage forcé, ça c'est un truc hétéro, donc bon je m'en fous.

Allez Catherine, fais nous plaisir, fais comme les Bleus à la Coupe du Monde de 2002, CASSE-TOI, ou tais-toi, enfin bref, précisément avec des gens comme toi, on n'est pas tous ensemble pour lutter pour nos droits. 


samedi 5 mars 2011

Du viol comme "arme de guerre"

Premier article sur ce blog sur un sujet des plus graves : le viol, et notamment son utilisation dans le cadre de conflits, civils ou militaires.
Un article publié cette semaine sur Rue 89 aborde la question en Côte D'Ivoire, pays actuellement déchiré entre deux camps qui, l'un comme l'autre, tentent d'intimider et d'asservir la partie adverse en violant systématiquement tout individu de sexe féminin âgé de 5 à 70 ans. Oui oui, vous avez bien lu, de 5 à 70 ans. 

Pourquoi cette pratique est-elle inévitable en temps de guerre (s'il est question de la Côte D'Ivoire en ce moment, c'est une donnée valable dans tous les pays et à toutes les époques)  ? En dehors de l'aspect éventuel "j'ai une arme et c'est la guerre, donc je peux en profiter pour assouvir comme je veux mes pulsions en toute impunité", j'y vois le fait que, plus que l'honneur des femmes (dont on n'a que faire), c'est l'honneur des hommes qui est en jeu. C'est dire au camp adverse "je suis plus puissant que toi, je fais main basse sur ce qui t'appartient de fait, ta femme / fille / mère / soeur". Et si la victime tombe enceinte, ce sera du fruit de l'ennemi, qui se multipliera par ce biais, et sera donc numériquement et psychologiquement plus fort.  
Qui plus est, la victime - et donc le déshonneur qui va avec - est généralement rejetée par sa famille et/ou sa communauté, ce qui là encore, affaiblit ladite communauté, en tout cas en terme de nombre. 

Le procès en ce moment en France d'une bande d'ordures qui a violé en réunion une jeune fille dans un RER  aborde une question que l'on peut relier à ce qui se passe lors d'un conflit : l'effet de groupe. Car, avance un avocat, les coupables présumés n'auraient jamais fait ça s'ils avaient été tout seuls. Que le groupe rende plus con, suffit d'aller à un match de foot pour s'en apercevoir, et je crois sans peine que le facteur "qui est le plus viril / a le plus de testostérone / la plus grosse bite / pas peur de se mesurer aux autres" se rajoute à leur bêtise et à leur violence, voire en est le déclencheur dans un certain nombre de cas.

A Haïti, où il n'est question ni de guerre, ni forcément de jeunes décérébrés en manque, le nombre de viols à grimpé en flèche depuis le séisme. Les camps de réfugiés offrent aux prédateurs une concentration de femmes faibles et désespérées, ayant pour certaines d'entre elles perdu leur mari / frère / fils, et la nourriture rationnée s'échange parfois contre des faveurs sexuelles. Comme si le chaos donnait l'autorisation et/ou enlevait tout interdit à des personnes qui, en temps normal, n'auraient jamais fait ça. Et à chaque fois, c'est le plus faible qui souffre. Et les plus faibles, partout, tout le temps, ce sont forcément les femmes.  

Néanmoins, appréhender le viol sous l'angle de conflits armés, d'effets de groupe et de situation exceptionnelle, c'est ne voir que la partie émergée de l'iceberg. Si le viol n'était pas, en temps normal, une donnée constante, il n'apparaîtrait peut-être pas aussi systématiquement lors d'épisodes aussi particuliers qu'une guerre ou un séisme.
D'après un rapport publié par le Sénat et datant de 2008, on estime en France à 50,000 le nombre de viols par an, dont 90% sur des femmes. Seules 8,000 plaintes sont déposées. SOIT UN VIOL SUR SIX. Comment s'étonner que les violeurs agissent en toute impunité en temps de guerre et autres circonstances particulières (mais non atténuantes) si, dans des circonstances normales, 5 sur 6 ne sont pas inquiétés ? Et je vous parle ici de la France, dont le système judiciaire fonctionne à peu près convenablement.
En ce qui concerne les agressions sexuelles dans leur ensemble, 22% des femmes entre 18 et 24 ans en sont victimes (12 % des femmes entre 18 et 59 ans). Soit chaque année, des centaines de milliers de femmes. Qui, dans 75% des cas, connaissent leur agresseur. Le viol n'est pas le fait de psychopathes minoritaires en proie à des pulsions insoutenables qui chassent leur victime dans un parking mal éclairé en pleine nuit. Non, le viol est le fait d'hommes (rarement de femmes) qui connaissent leur victime et ne voient pas d'inconvénient particulier dans le fait de les violer, parce qu'ils vivent dans une société qui a longtemps légitimé - et continue à le faire, économiquement et socialement - la primauté des hommes sur les femmes.
Oh, je sais qu'en disant cela, je prends le risque d'entendre "tous les hommes ne sont pas des violeurs, loin de là", aussi je prends les devants. Non, tous les hommes ne sont en effet pas des violeurs, et les violeurs parmi les hommes - en période "normale" du moins - sont minoritaires. En revanche, les inégalités et la violence faites aux femmes existent réellement (on commence par quoi ? 30 % de salaires en moins, emplois plus précaires, plafond de verre, non représentation dans les instances politiques, répartition des taches ménagères ?), et le viol en est le prolongement logique. Extrême, mais logique.

Ce qui n'empêche hélas pas l'inénarrable Nadine de Rotschild, de nous dire que c'est la façon dont s'habillent les femmes qui est un appel au viol. Comme si ça ne pouvait pas être de la faute des hommes. Mme de Rotschild, vous pensez que c'est parce que les Ivoiriennes se baladent en string qu'elles se font violer ? Qu'il y a moins de viols en hiver parce que les filles sont plus couvertes ? Que la jeune fille qui a pris le RER était forcément en mini-jupe, ce qui excuserait donc ses 8 agresseurs ? Que le viol n'existait d'ailleurs pas avant le string et les jupes courtes ?


Nadine de Rotschild: 'La mode incite au viol'
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