Je lis dans Le Parisien que l'acteur Philippe Caubère s'insurge contre la pénalisation des clients des prostitué-e-s. Il trouve ça "abject" (quid de la traite des femmes ? La trouve-t-il abjecte ? On l'ignore).
Car, sachez-le, Philippe Caubère est un grand humaniste. Parce qu'en fait "Elles prennent soin d'hommes qui pour beaucoup vivent dans une misère sexuelle et une solitude terribles. Ce sont des femmes remarquables."
Afin de ne pas sombrer tout de suite dans le désespoir le plus complet, je vais partir du postulat selon lequel il ne parle EVIDEMENT que de l'infime minorité des femmes qui ont CHOISI cette voie là en connaissance de cause, ne sont sous la coupe d'aucun proxénète, n'essaient pas juste de payer leurs études, et ne se sont pas retrouvées à vendre leurs corps parce qu'aucun autre boulot à temps partiel rémunéré moins que le SMIC ne leur permettait pas de nourrir leurs enfants, régler leur loyer etc.... Des femmes libres qui font donc ce qu'elles souhaitent de leur corps.
Maintenant qu'on en est là, je m'interroge sur cette histoire de misère sexuelle. C'est marrant hein, mais cet argument je l'entends uniquement quand il s'agit de parler de la vie sexuelle des HOMMES. La misère sexuelle des femmes, bizarrement, personne n'en parle. Alors que je ne vois pas au nom de quoi elles ne pourraient pas réclamer qu'un homme vienne leur faire le cunni dont elles ont envie depuis des années si les mecs esseulés ont droit à leur petit coït.
Cet argument n'est utilisé également que pour la misère sexuelle des HETEROS. C'est pourquoi c'est AUX FEMMES et A ELLES SEULES qu'on demande de comprendre que merde, machin truc, UN HOMME, il est tétraplégique/ trop moche / n'a pas de chance avec les femmes/ juste en manque, il a pas tiré un coup depuis 2002, c'est quand même normal d'aller lui tailler une pipe non ? Un peu de charité chrétienne que diable !!!
Puisque Philippe Caubère est donc si charitable et trouve tout ceci remarquable, pourquoi ne fait-il pas pareil ? Je lui suggère simplement d'aller faire des gâteries à une femme excitée sans homme pour la satisfaire. Qu'il la trouve belle ou pas, désirable ou pas.
La sexualité est-elle un droit ? C'est certes une merveilleuse fonction de l'être humain, mais au nom de quoi aurait-on le droit absolu et inaliénable de jouir ? Non parce que si c'est le cas, il faut garantir l'accès à ce droit à tous les citoyens et à toutes les citoyennes. Comment ? Avec qui ? Et pourquoi l'accès à ce droit ne serait pas gratuit ? On peut en discuter. Mais dans ce cas-là, incluons toutes les possibilités et parlons de la misère sexuelle des femmes autant que de celle des hommes, et voyons dans les prostituées des hommes comme des femmes, tout en parlant, bien entendu, uniquement de celles et ceux qui l'auront choisi. Vraiment choisi.
Cette question fait écho au récent débat sur les "auxiliaires sexuelles" pour handicapés. Comprendre "prostituées de l'Etat pour HOMMES handicapés" puisque jamais, dans aucune discussion il n'a été question des FEMMES handicapées, ni question que les hommes handicapés en question puissent être homos et que l'auxiliaire soit un homme. Admettons donc que ça devienne un emploi. Comment va-t-on recruter ? Former ? Passer les entretiens d'embauche ? Un chômeur inscrit à Pole Emploi devra-t-il ou elle accepter ce travail sous peine de se voir radié-e au bout du troisième refus ? "Ecoutez Mme Machin, faire une fellation à un unijambiste et se faire sodomiser par un homme célibataire à Rosny-sous-Bois 3 fois par semaine pour le smic horaire, ça correspond à vos compétences, c'est qu'à 30 mn de chez vous, vous n'avez aucune raison valable de refuser".
Avec un peu de chance cher Philippe Caubère, on pourra même être payé en cachet d'intermittent, ça se trouve ça vous permettra de boucler vos 507 heures en sautant une petite mamie et en suçant un petit papy de temps en temps un jour où vous serez en galère. Remarquable, non ?
